Le devenir de l'Alsace : ne nous trompons pas de combat !

Tribune co-signée par les parlementaires Patrick Hetzel, Frédéric Reiss, Sophie Rohfritsch et Claude Sturni, députés du Bas-Rhin :

Lorsque le gouvernement a lancé son projet de redécoupage des régions, nous avons pris position de manière ferme, claire et déterminée contre cette réforme  qui consistait à inclure l'Alsace dans une région gigantesque qui va des rives du Rhin aux portes de Paris, en passant par la Lorraine. Avant le débat au Parlement, nous avons fait part de nos réserves, puis durant les étapes successives de la discussion parlementaire, nous avons  argumenté sans relâche qu'une telle méga région serait difficilement gouvernable, et enfin, nous avons engagé un recours devant le Conseil constitutionnel. Aujourd'hui, force est de constater que toutes nos démarches ont échoué et que la loi qui prévoit une grande région Alsace/Lorraine/Champagne/Ardennes a été promulguée.
Nous le déplorons vivement ; toutefois nous sommes des parlementaires républicains, soucieux de l'application des règles de la démocratie représentative. C'est pourquoi, nous devons aujourd'hui nous rendre à l'évidence : à partir du 1er janvier 2016, il y aura bien une très grande région comme elle a été prévue par les lois votées démocratiquement par la République. Que cela nous plaise ou non.
En tant qu'élus responsables, nous ne pouvons qu'en prendre acte. Une éventuelle modification des contours des régions implique une autre majorité gouvernementale et ne serait envisageable qu'après une alternance en 2017.
Désormais, nous avons donc un devoir de vérité vis-à-vis de nos concitoyens et surtout notre rôle est de faire au mieux avec ce qui s'impose collectivement à nous. C'est pourquoi, nous devons nous poser la seule question qui vaille : comment faire en sorte que nous préparions, dans l'esprit du travail prospectif effectué pour l'Alsace à l'horizon 2030, l'avenir de notre territoire ?
Pour ce faire, nous devons dès à présent préparer un projet porteur d'une vision d'avenir. Sans compter qu'à la fin de l'année, des élections régionales désigneront les futurs conseillers régionaux qui siègeront à la nouvelle assemblée régionale.  Précisons au passage, qu'aucun d'entre nous ne sera candidat, ce qui permet de bien indiquer que notre présente prise de position ne poursuit aucun intérêt personnel mais bien un intérêt collectif pour l'Alsace. Il est donc essentiel et même urgent de préparer cette échéance autour d'un projet fédérateur. Or, un tel projet  doit se construire avec toutes celles et ceux qui pensent que nous ne devons pas nous tromper ni d'échéance ni  d'enjeu. Nous devons tout mettre en œuvre pour présenter notre vision de l'avenir de l'Alsace et de la nouvelle région dans le concert des régions françaises et européennes.
La crise de 2008 a été vaincue grâce à des actions d'urgence qui ont hélas endetté massivement les pays en général et la France en particulier. La question pour la région Alsace, Lorraine, Champagne, Ardenne sera de savoir comment, tout en ayant une maîtrise drastique de la dépense publique, il sera possible de maintenir les services indispensables à nos concitoyens. Comment mener une  action efficace à l'échelle régionale en matière de transports, d'innovation, d'enseignement supérieur et  de recherche, de développement économique, de tourisme, d'environnement, de choix énergétiques  ou encore de formation professionnelle pour ne prendre que ces quelques exemples de domaines de compétence très structurants des régions. Nous avons la responsabilité de préparer notre société à affronter les défis du futur.
Cette nouvelle région française est celle qui a la plus grande façade frontalière. C'est indéniablement un atout dont il faudra se servir. En tout cas, nous sommes persuadés que nous devons réfléchir à la manière dont nous pouvons créer les conditions, à l'échelle régionale, afin de retrouver une société de prospérité partagée pour tous nos concitoyens.
Par ailleurs, nous voudrions aussi insister sur le fait que la région Alsace a la chance d'avoir un président, Philippe Richert, qui a montré combien il était capable de diriger une collectivité territoriale de façon efficace. Il a d'ores et déjà été désigné par l'U.M.P. comme chef de file pour conduire la campagne des prochaines élections régionales. Nous voulons ici lui dire que nous serons à ses côtés pour préparer un projet riche, novateur, constructif et fédérateur qui sera au service de nos concitoyens. C'est là notre responsabilité d'élus de la République mais c'est aussi tout simplement notre devoir.
Si nous voulons que l'Alsace, dont nous sommes fiers et que nous aimons, puisse pleinement faire valoir son identité, alors nous ne devons pas nous tromper de combat. Ce n'est pas en entrant à reculons dans la grande région que nous le ferons, mais en faisant valoir que ce que nous avons réussi à développer à l'échelle de l'Alsace, nous sommes disposés à l'étendre.
C'est par notre projet que nous convaincrons. Alors, haut les cœurs. Ne soyons pas frileux mais résolument offensifs.

Carte nouvelle région Alsace Lorraine Champagne-Ardennes