Budget 2018 : un budget de petite continuité

Le ministre de l'Economie et le ministre de l'Action et des Comptes publics nous avaient promis un grand bouleversement : ce budget 2017 allait nous faire entrer dans le 21ème siècle. Mais au lieu d'un budget de grande rupture, c'est un budget de petite continuité. Une dépense publique non maitrisée, des économies insuffisantes, un choc fiscal pour de nombreux français modestes : Où est la rupture promise ?

Si le projet de loi de finances pour 2018 fait preuve de sincérité en remédiant à une partie des sous-budgétisations dénoncées par la Cour des Comptes, il ne tient en revanche pas toutes ses promesses.

Le gouvernement renonce déjà à respecter ses engagements européens dès son premier budget, exposant la France à des risques de sanctions. La trajectoire de solde structurel est bien en dessous des objectifs européens (0,1% de PIB contre 0,5% imposé).

Le gouvernement laisse filer le déficit de l'Etat. En 2018, le dérapage sera considérable avec une augmentation de 7 Md€ (par rapport à l'exécution 2017) atteignant 83 Md€ en 2018. Autant dire que ce sera aux collectivités territoriales et la Sécurité sociale de supporter l'effort de redressement. Avec un tel écart, nous avons de quoi douter de la réduction du déficit public à 2,6% l'année prochaine. 

Le gouvernement relâche son effort sur la baisse de la dépense publique alors même que le retour de la croissance lui donne les pleins moyens de réussir. Nous devrions utiliser cette conjoncture exceptionnelle pour assainir nos finances publiques. Le gouvernement s'était engagé à stabiliser la dépense en volume grâce à 20 Md€ d'économies mais n'en réalisera finalement plus que 16 Md€ en tendance. Difficile à dire où se situent les économies dans le texte. L'effort ciblé principalement sur les contrats aidés et la politique du logement, rend plus qu'incertain la réalisation des 16 Md€ d'économies.

Le gouvernement renonce à stopper la baisse tendancielle des emplois publics engagée par Nicolas Sarkozy. Alors que le Président de la République s'était engagé à supprimer 120 000 postes dans les trois fonctions publiques en 5 ans, soit 24 000 par an, ce sont seulement 1 600 emplois qui seront concernés sur le seul périmètre de l'Etat l'année prochaine.

Le gouvernement se trompe de priorité en augmentant le coût du travail au lieu de relancer la compétitivité. Les entreprises sont les parents pauvres de ce budget. Le réforme du CICE en deux temps cache en réalité un alourdissement du coût du travail de 3,3 Md€ avec un taux passant de 7% à 6%. Le gouvernement a décidé de ne pas réaliser d'allègements au-delà du CICE, misant tout sur les charges salariales et rien sur les patronales, celles qui pèsent réellement sur le coût du travail.

Bruno Le Maire s'est félicité d'un « budget pour tous les Français » sauf pour les retraités, les épargnants, les automobilistes, les agriculteurs, et une partie des indépendants. Si de nombreuses promesses ne sont pas tenues, les hausses d'impôts sont quant à elles bien au programme : la CSG augmentera de 22% avec un écart de compensation de 4 Md€ en 2018 et pénalisera des millions de Français. A cela s'ajoutent l'augmentation de la fiscalité du carburant et celle du prix du tabac.

Co-signataires : Eric Woerth, Julien Aubert, Emilie Bonnivard, Gilles Carrez, François Cornut-Gentille, Marie-Christine Dalloz, Nicolas Forissier, Patrick Hetzel, Valérie Lacroute, Marc Le Fur, Véronique Louwagie, Jean-François Parigi, Jean-Pierre Vigier.