Voter une motion de censure du gouvernement était devenu indispensable

HémicycleLe recours au 49-3 illustre que le gouvernement était devenu incapable de défendre une ligne politique claire sur un texte de loi pourtant initialement majeur et qu'il en avait même perdu la majorité au sein de sa propre majorité. Sans compter que cette décision survient au terme d'une séquence de plusieurs mois marquée par une succession de modifications : un coup à droite puis un autre à gauche, une suppression d'article par ci, un ajout par là. Une chatte n'y trouvait plus ses petits.

Pas moins de quatre versions successives du texte, progressivement modifié par une foultitude d'amendements du rapporteur et du gouvernement rendent désormais totalement illisible quel est le but poursuivi par le gouvernement au travers de cette loi.

Même si on peut le déplorer sur le fond, le 49-3 est un outil constitutionnel, il existe. S'il n'en conteste pas la légitimité par principe, Patrick Hetzel conteste la manière dont l'ensemble du processus a été conduit par le gouvernement. Car cela prouve que ce gouvernement est dans le plus total  irrespect de tous les partenaires et en particulier des partenaires sociaux, qu'ils soient patronaux ou salariaux.

Le discours du Premier ministre pour défendre le recours au 49-3 et s'opposer à la motion de censure fut révélateur : il manquait de souffle, d'énergie et de vision. C'était un chef de gouvernement à bout et plus fébrile que jamais qui s'est présenté à la tribune de l'Assemblée nationale. Monsieur Valls s'est montré bien plus velléitaire que volontaire, il est dans la parole sans les actes. On peut être inquiet pour la suite. Ceci laisse à penser que l'année à venir sera, pour reprendre une formule rendue populaire par la reine d'Angleterre, une « annus horribilis » pour notre pays. En tout cas, cela doit plus que jamais inciter l'opposition à préparer un programme d'alternance crédible et sérieuse pour 2017.