Rentrée scolaire 2016: La ministre de l'Éducation nationale fantasme sur la réalité de son action

Rentrée scolaires, illustrationAu moment où les élèves vont reprendre le chemin de l'école en ce 1er septembre, force est de constater que la ministre de l'Education nationale s'est livrée, au cours de sa conférence de presse du lundi 29 août 2016 à un exercice de communication et d'autosatisfaction très surprenant.

En effet, alors que les mécontentements ne cessent de grandir parmi les parents, les enseignants et l'ensemble des concitoyens au sujet de notre système actuel de l'Education nationale, elle ignore totalement les problèmes et nous donne une vision d'une école qui ressemble à un véritable village Potemkin.

Ainsi, il est nécessaire de rappeler que la ministre de l'Education nationale est en situation d'échec sur beaucoup de sujets concernant sa politique éducative et que l'institution scolaire traverse une crise sans précédent parce qu'on l'a détournée de son objectif premier, celui de la transmission des savoirs:

- Echec de la réforme du collège qui signe la disparition des classes bilangues et européennes ainsi que l'affaiblissement des lettres classiques (latin-grec). Pourtant ce n'est pas en détruisant ce qui fonctionne que l'on va réussir à redresser la barre, bien au contraire.

- Echec de la réforme des rythmes scolaires qui installe plus que jamais une école à deux vitesses, accentuant les inégalités au lieu de les réduire et mettant à mal les finances des communes dont les dépenses ne sont compensées que très partiellement  par l'Etat en matière de dispositifs périscolaires lorsqu'elles ont la chance de pouvoir les mettre en place.

- Echec de l'évaluation des enseignants dont le dossier n'a pas avancé d'un pouce depuis quatre ans.

- Echec de l'évaluation des élèves puisque les dispositifs existants ont été supprimés ou "allégés"

- Echec du plan numérique qui a pris un retard considérable creusant ainsi l'écart entre la France et ses pays voisins en la matière.

- Echec de la formation des enseignants puisqu'à ce jour la place des sciences cognitives reste anecdotique dans les cursus alors qu'elle devrait être stratégique et par ailleurs, les enseignants n'ont pas été formés aux nouveaux programmes.

- Echec de la politique d'égalité des chances car les décisions de la ministre ne reposent que sur des présupposés idéologiques : avec une politique de la « même chose pour tous », on ne réduit pas les inégalités mais on les amplifie. Des propositions innovantes autour de classes de niveau au collège sont totalement ignorées alors qu'elles permettraient de remédier aux travers importants liés à la réforme du collège.

Comment expliquer un tel échec ? Les causes sont multifactorielles. Au départ, il y a un péché originel dont la gauche n'arrive pas à se départir: elle avait annoncé dès la campagne présidentielle qu'elle allait créer 60.000 postes. En procédant de la sorte, elle commettait évidemment une erreur majeure car elle rentrait ipso facto dans une vision très réductionniste de la politique éducative: le problème serait de nature quantitative et avant tout lié à un problème de moyen. Une telle approche est évidemment non seulement simpliste mais surtout elle met de côté l'essentiel. Elle oublie deux choses très importantes. Tout d'abord qu'il faille garder à l'esprit une approche qualitative de l'éducation (mais là on touche à un problème idéologique pour cette gauche qui parmi ses premiers actes d'autorité a supprimé les internats d'excellence, plus soucieuse qu'elle était de brandir l'égalitarisme au détriment du mérite républicain). Ensuite, qu'il faille tenir compte de la place réelle des individus dans le système éducatif. Cela me rappelle des débats entre Bourdieu et Boudon. Le premier lisant le réel à travers le seul tropisme du déterminisme social là où le second voyait avec l'individualisme méthodologique, la capacité de montrer que les individus gardaient bien une capacité d'action au sein de tout système et que fort heureusement tout n'était pas déterminé à l'avance. Auquel cas, plutôt que de passer son temps à construire des usines à gaz pour corriger les potentielles dérives, il fallait plutôt faire confiance aux acteurs et leur donner les voies et moyens pour agir librement, prendre des initiatives, etc. En somme, construire un système de confiance plutôt qu'un système de défiance.

Ainsi, le cap est clair. Si l'on veut améliorer la situation scolaire en France et sortir de la spirale de l'échec, il convient de :

- Relever le niveau d'exigence de l'école et considérer que l'acquisition d'une culture générale n'est pas source d'inégalités mais au contraire indispensable pour former des femmes et des hommes capables de penser et de raisonner librement.

- Réformer un baccalauréat devenu obsolète.

- Donner aux lycées et aux collèges une véritable autonomie avec un vrai directeur disposant d'une réelle autorité, pouvant choisir une partie de ses équipes enseignantes et adapter le programme et la pédagogie en fonction de la situation.

- Centrer l'école primaire sur les apprentissages fondamentaux et mettre à profit les dernières connaissances en sciences cognitives pour que l'apprentissage soit efficace.

- Partir du terrain et arrêter de procéder par des réformes technocratiques venues de manière unilatérale du ministère.

En somme, tout le contraire de ce que fait la gauche depuis quatre ans.