Des problèmes juridiques et éthiques liés à la nomination du Président de l'INRA

Comme orateur du groupe Les Républicains, Patrick Hetzel a interrogé le candidat proposé par le président de la République pour prendre la tête de l'Institut National de la Recherche agronomique (INRA). Vidéo en bas de page.

« Monsieur Mauguin, bonjour. J'aurais ce matin bien voulu vous poser avant tout des questions scientifiques mais hélas votre candidature pose bien des questions en amont et c'est donc avec regret que je vais devoir me concentrer sur celles-ci. En effet, il en va de la crédibilité et de la réputation de l'INRA.

Le premier problème est de nature scientifique. Il  concerne le fait que vous ne soyez pas titulaire d'un doctorat et que vous n'ayez pas d'expérience concrète et réelle de la recherche, ce qui est un handicap majeur au sein d'une communauté scientifique internationale où les dirigeants des organismes de recherche sont des chercheurs d'abord, devenus managers ensuite, comme c'est d'ailleurs le cas de l'actuel Président de l'INRA. Lequel, il convient de le rappeler, n'a pas démérité, bien au contraire.

Le second problème est de nature juridique puisque vous avez eu à connaître, en raison des fonctions que vous exercez actuellement, le processus de nomination à la présidence de l'INRA et donc il y a là matière à délit d'initié qui est susceptible de fausser, entacher et biaiser le processus de nomination par l'asymétrie informationnelle qui en découle entre les candidats. Ce qui pose aussi un problème éthique non négligeable alors que l'éthique est l'une des vertus cardinales en matière de recherche et a fortiori pour diriger un organisme de recherche.

Mes questions sont donc les suivantes :

  1. Avez-vous participé à l'élaboration de la liste des membres de la commission d'examen des candidatures ? Quels liens avez-vous eu dans le passé avec des membres de cette commission et notamment sa présidente ?
  2. Pouvez-vous ce matin nous certifier sur l'honneur que vous n'avez pas eu accès au projet présenté par François Houllier pour préparer le vôtre ?
  3. Comment allez-vous assurer votre légitimité scientifique en interne et en externe alors que vous n'êtes pas docteur et que la quasi-totalité des chercheurs de l'INRA ont signé une pétition contre votre nomination, que le président du conseil scientifique de l'INRA a démissionné afin de protester contre votre possible nomination et que des revues comme Nature ou Science ont fait part de l'étonnement de la communauté scientifique internationale concernant votre possible parachutage ?
  4. En quoi votre projet se démarque-t-il  de celui de François Houllier qui a été validé par le conseil scientifique de l'INRA et salué pour sa stratégie forte et ambitieuse par le comité international du HCERES ?
  5. Dans un contexte de très forte compétitivité entre les Nations pour les enjeux liés à la recherche, et sachant que votre éventuelle nomination déstabiliserait durablement l'INRA, comment allez-vous contribuer à enrayer la fuite de nos chercheurs les plus brillants vers les organismes de recherche étrangers ?
  6. Vous venez de présenter votre projet et vous considérer l'international comme la priorité N°5. Or l'INRA est le second institut de recherche agronomique mondial. Placer l'international en 5 n'est-ce pas surprenant ? Ne faudrait-il pas placer l'international en priorité N°1 ? »