Edito - Mars 2017
 

L’enseignement supérieur et la recherche sont stratégiques pour la compétitivité de la France

Interview réalisée par Aurore Abdoul-Maninroudine pour le compte d’EducPros
Publié le 24.02.2017 (voir l'article sur le site EducPros)

Création d'un ministère de plein exercice, budget, droit à la poursuite d'études et formation tout au long de la vie... Patrick Hetzel, député Les Républicains (Bas-Rhin) en charge du programme enseignement supérieur et recherche de François Fillon, analyse pour EducPros les dernières mesures du quinquennat Hollande et détaille les priorités de son candidat.

En cas de victoire de François Fillon à la présidentielle, quelle serait sa première grande mesure en matière d'enseignement supérieur et de recherche ?

Le secteur doit être envisagé selon un triptyque "enseignement supérieur, recherche et innovation". Dans cette perspective, sa première mesure serait d'institutionnaliser l'existence d'un ministère de plein exercice dédié à l'Enseignement supérieur et la Recherche.

Dans le cadre d'une situation budgétaire contrainte, il faut pouvoir compter dans les arbitrages interministériels, et cela paraît extrêmement difficile à faire pour un secrétaire d'État. Ce n'est pas une question d'ego mais bien une question de poids politique : le secrétaire d'État n'assiste pas au Conseil des ministres et il n'a pas le même niveau d'informations qu'un ministre. L'existence actuelle d'un secrétariat d'État témoigne du peu de considération accordée par le président de la République à ces questions.

Les universités sont aujourd'hui dans une situation budgétaire difficile... Pensez-vous qu'il faille, comme il est préconisé dans le livre blanc, augmenter de dix milliards d'euros en dix ans le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche ?

Dire qu'il faut augmenter le budget de 10 milliards d'euros en dix ans est indécent. Le gouvernement a été incapable sous ce quinquennat d'en faire le cinquième. Je ne balaye pas la question des moyens du revers de la main mais cela ne peut pas passer par une hausse exagérée et intenable des dotations de l'État. Nous proposons une augmentation mesurée et contrôlée des droits d'inscription dans la limite de 500 euros en licence et au sein d'une fourchette fixée par l'État en master.

Parallèlement, il faut continuer le financement par projet, via le PIA (programme d'investissement d'avenir) ou encore l'ANR (Agence nationale de la recherche), tout en desserrant l'étau bureaucratique : les documents d'appels à projet doivent être simplifiés et le reporting tous les six mois doit cesser. Mais on ne peut pas dire qu'on est allé trop loin en matière de financement par projet : la France reste le pays européen où le pourcentage de financements récurrents est le plus important. Il faut donc stabiliser ces financements récurrents et agrandir l'assiette des appels à projets.

La CPU (Conférence des présidents d'université) a publié récemment une adresse au futur locataire de l'Élysée où elle demande plus d'autonomie. Jusqu'où celle-ci doit-elle aller ?

Il faut distinguer l'autonomie de gestion des universités et l'autonomie stratégique. Je ne pense pas qu'il faille suivre l'exemple de l'Angleterre, où il n'y a plus de ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Il faut maintenir un État stratège, qui dialogue avec les établissements et contractualise avec eux. Dans ce cadre, une fois les objectifs fixés par l'État, je suis favorable à une autonomie de gestion totale des établissements. Laissons les universités choisir leurs enseignants, fonctionnaires et contractuels, et gérer ensuite leurs carrières.

Quel regard portez-vous sur les regroupements d'établissements ? Selon vous, faut-il créer un nouveau statut, afin de faciliter ces regroupements ?

Les regroupements d'établissements sont nécessaires. Il est important de développer une politique de marque comme le font toutes les universités dans le monde. Mais avec les Comue (Communauté d'universités et d'établissements), la loi Fioraso a privilégié les structures au détriment des projets.

Alors que les Pres (pôles de recherche et d'enseignement supérieur) laissaient beaucoup de place aux acteurs locaux, les Comue témoignent d'une approche "top-down" et de la volonté du ministère de reprendre la main sans tenir compte des spécificités de chaque site. Avec les Comue, la Rue de Grenelle a donné l'impression qu'il y avait un mode de pensée unique.

Aujourd'hui, certains sites sont clairement confrontés à un problème de statut. Il faudra soit adopter un texte général créant des statuts dérogatoires dans la durée. Ou alors travailler au cas par cas et proposer une solution adaptée pour chacun des sites intéressés.

Outre ces aspects juridiques, les difficultés actuelles s'expliquent par un manque de pilotage du ministère et de Matignon, en particulier, sur le projet de Paris-Saclay. Actuellement, le Premier ministre ne joue pas son rôle pour que l'État parle d'une seule voix en matière d'enseignement supérieur et de recherche, c'est dommage.

Lors des débats à l'Assemblée nationale, vous avez dénoncé avec force la création d'un droit à la poursuite d'études en master, en parallèle de la mise en place d'une sélection. Souhaitez-vous revenir sur le compromis trouvé entre les principaux acteurs ?

La sélection à l'entrée du master est une bonne chose mais le droit à la poursuite d'études est une aberration. Il est impossible de savoir, à l'heure actuelle, si les recours d'étudiants seront nombreux ou pas. Si cela est le cas, on aboutira à une usine à gaz.

Sur le fond, cette réforme en dit long sur la manière dont le gouvernement actuel considère les universités. Celles-ci sont censées être autonomes mais le recteur pourra imposer aux présidents d'université d'accepter tel ou tel étudiant...

Quant à l'arrêté devant établir des compatibilités entre les licences et les masters, c'est n'importe quoi. Le gouvernement reste dans une approche bureaucratique au lieu de laisser les universités libres de s'organiser.

Surtout, la question de la professionnalisation, et en particulier celle de la professionnalisation en licence, ont été complètement oubliées... Najat Vallaud-Belkacem (ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche) semble considérer l'obtention d'un diplôme comme une fin en soi. En réalité, l'accès de droit au master est un traitement social du chômage.

L'augmentation générale du niveau d'études de la population n'est-elle pas nécessaire ?

L'investissement dans une société de la connaissance est indispensable ; dans les vingt prochaines années, un tiers de la population active exercera un métier différent de son métier actuel. Cela suppose d'élever le niveau moyen d'études mais cela ne doit pas se faire de manière automatique, via "un droit à".

Il faut que cela s'insère dans un projet professionnel construit tout au long de la vie, ce qui suppose un travail de fond au niveau interministériel : l'État ne peut pas agir seul mais doit discuter avec les représentants patronaux et les organismes représentatifs des salariés, ainsi qu'avec les conseils régionaux qui ont des compétences propres en matière de développement économique et de développement de l'emploi.

Et comment comptez-vous faciliter l'accès à la formation tout au long de la vie ?

En matière de formation continue, il faudra imaginer un système où la reprise n'entraîne pas une baisse trop importante du niveau de vie. Au Danemark, par exemple, la moitié des étudiants en master sont en reprise d'études ou en alternance. Un revenu complémentaire leur est versé s'ils ont déjà travaillé pendant au moins trois ans.

La reprise d'études est donc financée par les entreprises et les salaires. Le plus important, c'est de sortir d'une logique où tout serait concentré sur la seule formation initiale : il faut décloisonner, accentuer les partenariats avec les entreprises, favoriser l'apprentissage à tous les étages du système de formation, créer des passerelles... À cet égard, nous avons vraiment des choses à apprendre de nos voisins allemands.

 

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