Pourquoi Patrick Hetzel est favorable à une vraie sélection en master et non pas une entrée pour tous comme le propose réellement le gouvernement

Article publié le 10 octobre 2016 - Le Drenche

La sélection à l'entrée du master valorise le mérite républicain ! 

Le Drenche, logoDans la totalité des pays où le système universitaire est considéré comme performant et efficace, une règle simple prévaut : les universités choisissent leurs étudiants en fonction de leurs profils, de leurs résultats scolaires et de leur motivation pour la filière qu'ils souhaitent intégrer.

En France, au moment de la mise en place du processus de Bologne et du LMD, le choix avait été fait de maintenir de façon transitoire une sélection, non pas à l'entrée du master (M1) mais entre la première et la deuxième année du master (M2), dans le prolongement de ce qui se faisait alors à l'entrée des anciens DESS et des DEA. Aujourd'hui, il faut parachever la cohérence du LMD, raison pour laquelle le moment est venu d'avancer enfin la sélection d'un an afin que celle-ci se fasse à l'entrée du master.

Par contre, il est essentiel de sélectionner. En effet, les masters sont des diplômes qui sont bien reconnus par le marché du travail et les employeurs. Ils sont une marque importante de la qualité et de l'excellence universitaire.

Et la sélection est l'une des raisons de cette qualité car elle permet de s'assurer que les étudiants qui suivent un cursus sont aussi les plus aptes à le faire.

En effet, que penser d'un master de droit notarial qui recruterait des étudiants qui sont certes titulaires d'une licence en droit mais qui n'auraient pas la moyenne en droit notarial ?

Une sélection permet aussi une régulation du nombre des diplômés en fonction des débouchés professionnels disponibles sur le marché de l'emploi, ce qui est très cohérent avec la mission d'insertion professionnelle assignée aux universités depuis la loi Libertés et responsabilités des universités de 2007.

Ainsi, en matière éducative, la sélection doit reposer sur les capacités, les aptitudes et les résultats académiques d'un étudiant. Une telle approche est la forme la plus juste d'accès à un master car elle repose fondamentalement sur un principe républicain très fort : le mérite.

Sans compter que si l'on décidait de ne pas sélectionner à l'entrée du master, ce qui se mettrait en place, c'est une tout autre forme de sélection : celle par l'échec.

Les étudiants seraient davantage tentés d'aller vers d'autres filières, notamment celles sélectives des grandes écoles, et ce serait un très mauvais coup porté à notre système universitaire tout entier.

On l'aura compris, la sélection en master n'est de loin pas un problème mais une nécessité.

Patrick Hetzel
Député du Bas-Rhin
Ancien recteur d'académie et ancien Directeur général de l'enseignement supérieur