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Scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans ? La réponse de Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin (LR), ancien recteur d'académie

Patrick Hetzel  : « Il vaudrait mieux lutter contre le décrochage scolaire des 14-16 ans »

La Croix, logoLa Croix, interview publiée le 22.09.2016
Par Christine Legrand

Je suis contre la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans pour plusieurs raisons. Je considère qu'il s'agit d'une fuite en avant très inquiétante sur le principe même, car nous devrions nous concentrer en priorité sur les missions actuelles de l'école et sur les façons dont nous pouvons améliorer notre système scolaire. L'une de ses missions essentielles est l'apprentissage des fondamentaux. Et aujourd'hui plus que jamais, nous devons concentrer nos efforts sur l'école primaire. Si on veut aller vers un système scolaire plus efficient, il vaut mieux prendre les problèmes à la racine, plutôt qu'en bout de piste, et considérer ce qui se passe chez les jeunes enfants.

La ministre, par cette mesure, entend cibler les décrocheurs scolaires. Or les élèves se trouvent en échec bien avant l'âge de 16 ans. Pour lutter contre cet échec, il faut mettre en place des dispositifs d'évaluation et prévoir un accompagnement personnalisé dès le primaire, ce que la gauche a supprimé. Il faut aussi s'occuper davantage des décrocheurs scolaires qui se trouvent dans la tranche d'âge 14-16 ans, plutôt que de repousser le problème en les maintenant dans le système jusqu'à 18 ans.

Il faudrait aussi faire en sorte que les 14-16 ans en passe de décrocher puissent faire des allers-retours avec le monde professionnel dès le collège. J'ai été recteur et je peux vous assurer que c'est vraiment une gageure de motiver ces adolescents. Ce n'est pas en leur demandant de rester deux années supplémentaires sur les bancs de l'école que nous réglerons le problème. Quand on discute avec les jeunes concernés et leur famille, on voit que ce n'est pas ce qu'ils attendent de l'institution scolaire.

Qu'une ministre fasse une telle proposition dénote une vision très mécaniste et non réaliste. Cette proposition n'est pas non plus humaniste, car elle ne prend pas en compte les aspirations de ces jeunes. Des structures comme les Apprentis d'Auteuil, qui effectuent un travail remarquable auprès d'eux, montrent que ce n'est pas de cette manière qu'on traite la question : ils arrivent à les motiver, à leur faire reprendre confiance en eux par d'autres moyens, notamment l'apprentissage. Il faudrait permettre à un certain nombre de jeunes de choisir eux-mêmes s'ils veulent poursuivre leur scolarité ou non.

Le système scolaire classique n'est pas adapté à tous. Certains aspirent à entrer le plus vite possible dans la vie professionnelle. Aujourd'hui, ceux qui ont un CAP ou un bac pro ont un meilleur taux d'insertion professionnelle que ceux qui ont une licence. Il vaudrait mieux développer l'apprentissage, dans le cadre scolaire mais aussi en dehors, en faisant par exemple davantage confiance aux professionnels pour former des apprentis. »