Journal du Député Patrick Hetzel - Mai 2016  
 

 
Edito - Juin 2016
Paru dans le Huffington Post le 05.06.16
 

L'efficacité de l'éducation passe par le triptyque
autonomie, responsabilité et évaluation.

En arrivant au pouvoir en 2012, la majorité actuelle criait haut et fort que l'Education nationale était le domaine dans lequel nous allions voir ce que nous allions voir car elle avait préparé un projet novateur que Monsieur Peillon avait d'ailleurs très modestement, comme à son habitude, intitulé "refondation de l'école".  On nous promettait un passage de l’ombre à la lumière à grand renfort de déclarations fracassantes du ministre. Hélas, quatre ans après, force est de constater que c'est l'un des secteurs dans lequel l'échec politique de l'actuelle majorité est encore plus important qu'ailleurs et ce n'est pas peu dire. Trois ministres se sont déjà succédés depuis 2012 au ministère de l’Education nationale, trois directeurs de l'enseignement scolaire et deux présidents du conseil supérieur des programmes. Cette instabilité illustre d’ailleurs l’incapacité de la majorité actuelle à construire un véritable cap pour notre éducation nationale. Disons-le tout de go, cette gauche-là a échoué et son projet pour l’école s’est fracassé sur le rocher de la pensée magique  qui consiste à croire que le ministre serait le seul acteur de la politique éducative.

Comment expliquer un tel échec ? Les causes sont multifactorielles. Au départ, il y a un péché originel dont la gauche n'arrive pas à se départir : elle avait annoncé dès la campagne présidentielle qu'elle allait créer 60.000 postes sans la moindre contre partie. En procédant de la sorte, elle commettait évidemment une erreur majeure car elle rentrait ipso facto dans une vision très réductionniste de la politique éducative : le problème serait de nature quantitative et avant tout lié à un problème de moyen. Une telle approche est évidemment non seulement simpliste mais surtout elle met de côté l'essentiel. Elle oublie deux choses très importantes : tout d'abord qu'il faut garder à l'esprit une approche qualitative de l'éducation (mais là on touche à un problème idéologique pour cette gauche qui parmi ses premiers actes d'autorité a supprimé les internats d'excellence, plus soucieuse qu'elle était de brandir l'égalitarisme au détriment du mérite républicain), ensuite, qu'il faut tenir compte de la place réelle des individus dans le système éducatif. Cela me rappelle des débats sociologiques entre Pierre Bourdieu et Raymond Boudon, le premier lisant le réel à travers le seul tropisme du déterminisme social là où le second voyait avec l'individualisme méthodologique, la capacité de montrer que les individus gardaient bien une capacité d'action au sein de tout système et que, fort heureusement, tout n'était pas déterminé à l'avance. Aussi, plutôt que de passer son temps à construire des usines à gaz pour corriger les potentielles dérives, il fallait plutôt faire confiance aux acteurs et leur donner les voies et moyens pour agir librement, prendre des initiatives, etc., en somme, construire un système de confiance plutôt qu'un système de défiance,  penser un système où autonomie et responsabilité sont vues comme indissociables. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.

Mais il y a encore d’autres causes à l’échec. Ainsi, on préféra donner la priorité à la société du spectacle et à la communication. Les ministres n’ont cessé de faire des annonces mais ne semblent pas comprendre qu’un ministre n’est rien en matière éducative s’il ne se passe rien à l’échelle de la classe. Pourtant Jules Ferry, dans sa fameuse lettre aux enseignants, avait parfaitement compris que la personne qui était et qui devait rester au centre du système éducatif n’était pas l’élève mais le maître. Au lieu de rompre avec le pédagogisme, la gauche au pouvoir l’a magnifié. C’est une double erreur, politique parce que le pédagogisme ne permet pas de répondre aux aspirations réelles des enseignants et scientifique parce que cette primauté donnée au pédagogisme relève du passé et met de côté les avancées importantes, réelles et sérieuses des sciences cognitives. Ces dernières ont pu montrer que toutes les méthodes pédagogiques ne se valaient pas. Ainsi, on ne peut pas dissocier le travail sur les méthodes pédagogiques ni de la bonne compréhension des mécanismes d’apprentissage ni des contenus disciplinaires que l’on souhaite transmettre aux élèves. Tout cela est étroitement lié. En somme, par tentation démiurgique pour Monsieur Peillon, qui pensait que dire était suffisant pour faire, ou par ignorance pour Madame Vallaud-Belkacem, on avait passé par pertes et profits le bon vieux concept de transmission des connaissances. A force de vouloir confier de plus en plus de missions à l’école, on finit par oublier que la première d’entre elles, reste et restera la transmission des connaissances. Le débat autour de l’interdisciplinarité dans le cadre de la réforme du collège en fut une triste illustration. En effet, qui pourrait être intellectuellement opposé à l’interdisciplinarité ? Toutefois, tous les spécialistes savent que l’accès à l’interdisciplinarité passe par un préalable : la bonne maîtrise disciplinaire. En somme, l’interdisciplinarité n’est possible et réaliste qu’à partir du moment où ex ante, il y a une bonne maîtrise des fondements disciplinaires,  sinon, le pédagogue construit sur des sables mouvants et les connaissances finissent par être englouties par le dit mouvement au lieu de permettre une progression de l’acquisition des connaissances. Pour le dire autrement, pour construire une maison, on ne commence pas par la charpente mais par les fondations. En ignorant cela, on a commis une autre erreur majeure.

Les facteurs explicatifs développés ci-dessus ne sont évidemment pas exhaustifs pour comprendre l’échec de la gauche en matière éducative mais ils en fournissent un éclairage. De plus, je ne voudrais surtout pas arrêter mon propos à des critiques. En effet, l’école a pour belle et noble mission et pour devoir, de transmettre une culture solide à des enfants et à des jeunes que l’environnement actuel éloigne de plus en plus du sens de l’effort. L’école doit avant tout les instruire, puis leur permettre de développer des capacités d’analyse et de compréhension et enfin faciliter leur insertion professionnelle. Les enjeux sont nombreux. Pour y parvenir, il convient de mobiliser tous les acteurs en présence : les parents, les membres de la communauté éducative, les élus et bien entendu les élèves eux-mêmes. Je suis intimement persuadé que pour y parvenir il faut bâtir et faire fonctionner notre système éducatif autour du triptyque autonomie, responsabilité et évaluation.

Bien entendu, avant tout, il convient à chaque niveau de formation, de bien définir quels sont les objectifs poursuivis en matière d’acquisition de connaissances et de compétences. C’est d’ailleurs pour cette raison que la loi Fillon (loi d’orientation et de programmation pour l’avenir de l’école) de 2005 avait développé le concept de socle commun de connaissances et de compétences. Une fois, le cap fixé, il est essentiel de faire vivre le système au travers de l’autonomie, de la responsabilité et de l’évaluation. L’autonomie ne veut pas dire le laisser-faire. Elle n’a évidemment de sens que si elle est indissociable des deux autres concepts. De fait, il s’agit de passer d’un paradigme de la défiance à un paradigme de la confiance, c’est-à-dire où l’on fait confiance aux enseignants, aux chefs d’établissements et aux corps d’inspection, en leur confiant des responsabilités : forts d’une formation qui les aura tous armés des connaissances les plus récentes en matière de sciences cognitives, ils seront normalement à même de prendre des initiatives, de faire fonctionner de véritables équipes pédagogiques, tout en cherchant, avant tout, à diffuser une culture basée sur le résultat et la performance éducative. A cet égard, l’expérience des académies et des free-schools anglaises peuvent être un creuset d’inspiration pour la France. Mais pour que l’on puisse mesurer une performance éducative au niveau soit individuel, soit d’un groupe classe ou d’un ensemble scolaire, encore faut-il que l’on se dote de bons outils d’évaluation. Nous avons besoin de remettre au goût du jour la culture de l’évaluation dans le système éducatif, non pas comme une sanction mais comme un outil permettant de mesurer, de comparer, d’améliorer, de faire changer des pratiques : accepter d’évaluer à tous les niveaux, c’est faire en sorte que les innovations, les expérimentations, lorsqu’elles produisent de bons résultats, puissent être diffusées plus largement possible pour que notre école redevienne dans les années à venir la meilleure au monde. Je ne crois pas que cela relève du rêve fou. Je reste persuadé que les enseignants français sont mus par la volonté de faire réussir leurs élèves et de pouvoir réaffirmer avec fierté leur appartenance à l’Education nationale, institution qui doit redevenir le creuset de la République. En somme, le triptyque autonomie-responsabilité-évaluation est un outil fantastique pour que la culture de l’innovation et du changement ne reste pas à la marge du système éducatif mais puisse en redevenir le moteur. Il existe au sein de l’Education nationale une formidable intelligence collective, ne la gâchons pas mais transformons-la au service d’une école de la réussite.

 

Patrick HETZEL
Député du Bas-Rhin

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