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Parlement des enfants, rencontre avec une classe de CM2 de Neuwiller lès Saverne

Février 2020

Une majorité présidentielle dépourvue d’humanité !

Il m’arrive hélas très régulièrement de m’agacer contre le manque de prise en compte du pays réel et plus particulièrement de la ruralité, dans les choix politiques de l’actuelle majorité présidentielle. L’actualité nous offre un nouvel exemple des errances de cette majorité qui semble souvent naviguer à vue et manquer de repères pour décider sereinement. Il faut dire que lorsqu’Emmanuel Macron clamait haut et fort au moment de sa campagne, que pour exercer la fonction présidentielle, point besoin de programme mais d’une vision, on avait compris que le cap serait difficile à trouver d’autant que sa majorité serait composite.

Le cas qui me préoccupe aujourd’hui, c’est celui du refus d’allonger le congé des parents endeuillés suite au décès de leur enfant. Comment parvenir à reprendre le travail cinq jours seulement après la mort d’un enfant ? Cela concerne environ 4 000 familles chaque année. Et il nous arrive évidemment à tous de rencontrer des parents concernés et qui alertent sur la nécessité de prévoir des dispositions qui prennent davantage en compte leur forte douleur et leur incapacité à reprendre le travail dans des délais aussi courts.

Pour faire évoluer les choses, le groupe parlementaire UDI de l’Assemblée nationale a donc mis à l’ordre du jour de sa journée de « niche parlementaire », le jeudi 30 janvier, une proposition de loi qui prévoit d’allonger à 12 jours le congé des parents en cas de perte d’un enfant mineur. C’est une mesure de bon sens. Face à la douleur de perdre un enfant, il s’agissait de laisser un peu plus de répit aux parents avant de reprendre le travail, 12 jours contre 5 aujourd’hui (au Royaume-Uni par exemple, le code du travail prévoit 15 jours). D’autant que l’on imagine aisément combien un parent est dévasté après la perte d’un enfant.

Nous étions un certain nombre de parlementaires à penser que cette mesure « passerait comme une lettre à la poste » grâce à une forme d’unanimité rare mais pourtant possible lorsque des questions qui touchent au plus profond de la condition humaine et de sa vulnérabilité sont débattues dans l’hémicycle : bon sens, humanité et empathie avec les concitoyens qui souffrent. Mais voilà, la majorité présidentielle avait décidé de s’y opposer, à la fois le gouvernement et ses députés. Que n’avons-nous pas entendu. Une ministre du travail qui lance : « nous ne voulons pas faire payer cela à 100 % par les entreprises » sans avoir même préalablement pris la peine d’échanger sur le sujet avec les deux grandes organisations représentatives des employeurs : le MEDEF et la CPME. Il faut savoir que nous avons actuellement en France 700 000 naissances par an qui donnent lieu pour la plupart à des congés parentaux. Ainsi, 4 000 décès cela représente environ 0,5 % par rapport aux congés parentaux. L’argument de la dépense pour les entreprises est donc marginal par rapport à ce qu’elles dépensent par ailleurs pour les congés de naissance. Et pour couronner le tout, une députée de la majorité qui lance à la cantonade dans l’hémicycle : « quand on s’achète de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises, c’est quand même un peu facile ! ». Voilà qui en dit long sur sa capacité d’empathie avec ses concitoyens…

Résultat des courses : le parti présidentiel a fait barrage à une mesure pourtant de bon sens, soutenue par toutes les oppositions et pour laquelle le rapporteur UDI avait bien indiqué que tous les chefs d’entreprise qu’il avait rencontrés y étaient favorables. En somme, ce fut « circuler, il n’y a rien à voir ». En procédant de la sorte, LREM a montré un visage particulièrement inhumain et hélas une nouvelle fois très déconnecté des préoccupations de nos concitoyens qui connaissent cette douleur immense liée à la perte d’un enfant.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, la situation vient d’évoluer puisque, face au tollé qu’à suscité cette décision des « Marcheurs », le premier d’entre eux, le Président de la République vient de leur demander de revoir leur position. Ainsi, la ministre du travail vient de déclarer que cette décision était une « erreur collective » et qu’elle serait corrigée. A cela je voudrais dire à la ministre que ce n’est pas une erreur, c’est une faute ! A la fois morale et politique.

Tout ceci en dit long sur un parti majoritaire qui n’est pas capable de penser par lui-même et dont les députés sont uniquement aux ordres du Président de la République sans discernement comme le prouve une nouvelle fois ce triste épisode.

Objectivement, il n’y a pas besoin d’avoir l’avis de Monsieur Macron pour se rendre compte que la majorité, en s’opposant à la mesure, faisait fausse route. Qu’il faille attendre le verdict du chef suprême, montre combien les parlementaires de cette majorité n’ont toujours pas pris la mesure de ce que c’était pour un parlementaire de voter en son « âme et conscience » et qu’aucun vote ne devait être impératif (c’est-à-dire imposé). Qu’une telle chose arrive encore trois ans après leur élection montre qu’ils n’ont pas compris que dans l’équilibre des pouvoirs, le rôle du parlement n’est jamais de suivre aveuglément un gouvernement mais de contribuer à améliorer son action et corriger ses potentielles dérives. Décidément, ils n’ont toujours pas trouvé la boussole, celle d’un système de valeur qui transcende les partis et qui s’ancre dans une vision où l’on cherche avant tout à protéger, à être bienveillant, où l’on se préoccupe du vivre ensemble et de la concorde entre les hommes. En somme, les vraies valeurs de la République. Tout ceci est d’autant plus attristant et inquiétant que c’est le destin de la France qui est entre leurs mains !

Patrick HETZEL,
votre Député.

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