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Décembre 2023

Eloge de la frustration

Alors que la natalité en France est en recul depuis une décennie suite à des décisions politiques malheureuses du président Hollande qui ont détricoté la politique familiale de la France, force est de constater qu’il y a un paradoxe français dans la mesure où il y a d’une part moins d’enfants par femme et d’autre part une sorte de règne de "l’enfant roi". En somme, on a de moins en moins d’enfants et en même temps, on les met au centre de toutes les attentions et on les érige en roi. Récemment, lors d’une discussion avec une inspectrice générale de l’Education nationale, cette dernière me dit : "De plus en plus souvent, l’école doit faire le travail des parents. C’est ainsi que l’école doit apprendre le sens du mot "non" aux enfants car les parents le font de moins en moins et certains même plus du tout".

J’avoue ne pas avoir été vraiment surpris par ces propos. En effet, nous vivons une époque où beaucoup de parents pensent que l’école ne doit pas uniquement instruire les enfants mais aussi les éduquer. Ainsi, il est désormais loin le temps où l’école était gérée par un ministère de l’Instruction publique. Le fait qu’elle soit gérée par un ministère de l’Education nationale dédouane finalement les parents qui transfèrent de plus en plus vers l’école, le rôle d’éduquer leur progéniture. Mais le plus inquiétant c’est que d’un point de vue éducatif nous sommes en train de faire totalement fausse route. Répondre à toutes les envies des enfants, avoir peur de ne plus être aimé par eux si on leur dit non et finalement satisfaire tous leurs désirs les empêche de se construire et d’apprendre la vie en société.

C’est ainsi qu’abandonner toute notion de limites et de contraintes ne rend nullement service aux enfants car on les empêche de vivre en groupe et de se préparer à une vie adulte où l’on vit pleinement en société. Ce n’est pas que moi qui le dit, beaucoup de spécialistes des questions éducatives développent désormais cette thèse. Je cite volontiers l’un d’entre eux, Didier Pleux, qui au début des années 2000 publiait déjà un ouvrage qui posait les bases de cette question et qui était intitulé "De l’enfant roi à l’enfant tyran". Dans cet ouvrage, il montrait déjà voici une vingtaine d’années que cette culture de l’enfant roi poserait d’énormes problèmes sociétaux et qu’ils iraient même crescendo. Plus récemment (cette année), il vient de publier un autre ouvrage au titre un peu provocateur : "L’éducation bienveillante, ça suffit !". Il y développe aussi l’idée que désormais, en raison de la manière dont les parents se comportent avec leurs enfants, ces derniers sont de plus en plus nombreux à avoir un souci avec la tolérance à la frustration. Il fait une distinction très intéressante entre la frustration affective et la frustration par rapport au plaisir exacerbé de l’enfant. C’est évidemment la seconde qu’il cherche à défendre car elle signifie alors manque, déplaisir et attente. Ainsi, un enfant qui aura été intelligemment frustré ne fera pas tout un drame pour se coucher, pour dire bonjour, pour découvrir de nouveaux aliments, pour jouer avec des enfants qu’il ne connait pas encore, etc.

Il s’agit de combattre le désir omnipotent de beaucoup d’enfants. En fait, il faut arriver à faire passer le message auprès des jeunes parents qu’en réalité amour et frustration sont indissociables. Il est essentiel de les aimer mais il est tout aussi essentiel de leur faire connaître la frustration. C’est ainsi qu’il apprendra le réel dont l’apprentissage n’est absolument pas inné.  Certains parents semblent avoir oublié tout concept de déplaisir, d’exigence et de contrainte et ne se focalisent que sur la négociation permanente, la valorisation de l’enfant et son hyper protection. On peut toutefois raisonnablement s’interroger pour savoir si ces choix ne conduisent pas automatiquement à une hypertrophie de l’ego et une très grande incapacité à faire face aux contrariétés.

Or, la frustration est à la base même de l’autonomie d’un individu et de sa capacité à se maîtriser et à ne pas systématiquement et de façon incontrôlée se laisser aller au principe de plaisir permanent, de jouissance et d’immédiateté. En somme, pour permettre à un enfant de devenir autonome, il est essentiel que ses parents exercent une certaine autorité. Ce concept n’est pas dépassé, bien au contraire, il est indispensable. Bien entendu, tout sera une question d’équilibre. Comme le précise Didier Pleux : "Trop frustrer, c’est anéantir le désir de l’enfant, ne pas frustrer du tout, c’est le laisser dans un désir omnipotent. (…) Pour une éducation équilibrée, il faut favoriser les habitudes (leur demander de participer à des tâches domestiques), pour que l’enfant ne vive pas seulement selon ses envies. Il faut savoir lui refuser certaines satisfactions immédiates (écrans, jeux vidéo) afin de lui donner le sens de l’effort et de la persévérance".

Ne nous y méprenons pas. Un enfant doit évidemment être pleinement respecté car c’est une personne à part entière. La question actuelle est plutôt le fait que beaucoup de parents ont délaissé l’autorité. Il est donc essentiel que nous ayons une prise de conscience collective. L’Education nationale ne peut pas tout : les parents doivent pleinement jouer leur rôle et il est essentiel qu’ils trouvent un bon équilibre entre amour d’une part et exercice d’une autorité qui frustre par l’imposition de limites d’autre part.

La société dans laquelle nous vivons met de plus en plus en évidence l’existence d’un problème à l’autorité. Il est hautement probable que c’est du côté du mode d’éducation qu’il convient d’en chercher l’explication. De facto, si nous voulons faire évoluer les choses dans le bon sens, il va falloir reconstruire différemment la relation entre les parents et l’Education nationale. Et surtout, il faudra que l’on intègre le fait que si nous voulons, de manière générale, améliorer l’éducation de nos enfants, nous devrons aussi assumer le fait que cela passera par la reconstruction d’une véritable politique familiale et où il ne s’agira pas de tout faire pour "extraire" les enfants de leur milieu familial mais au contraire impliquer les parents afin qu’ils réinvestissent pleinement leur rôle de parent, aimant bien sûr mais aussi garant d’une autorité ferme et bienveillante.

Patrick HETZEL,
votre Député.

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