Octobre 2026
Entendre la détresse, refuser la violence
Une partie de la jeunesse exprime un mal-être et nous avons le devoir de l'écouter. Les crises climatiques, économiques, sanitaires et géopolitiques que nous connaissons ont altéré la santé mentale d’une partie de nos jeunes générations, c’est hélas un fait. D’ailleurs les chiffres de Santé publique France et de l’Organisation mondiale de la santé sont alarmants et sans appel : entre la peur de la précarité et la crainte de l’avenir, le stress et les épisodes dépressifs touchent désormais une part importante des adolescents et jeunes adultes dans notre pays.
Cette anxiété face à l'avenir n'est ni un caprice ni une fragilité passagère : elle est le reflet d'un monde en profonde mutation. Les interrogations des jeunes sur leur place dans la société, leur avenir professionnel et l'état de la planète doivent trouver un écho sérieux auprès des institutions, des aînés et des responsables politiques. Pour certains jeunes, et c’est heureux, cela s’exprime aussi par des aspirations spirituelles comme l’a encore montré le récent voyage du Pape en France qui a donné lieu à un véritable engouement d’une partie de la jeunesse de France.
Si la colère et l’angoisse sont compréhensibles, les modes d'action choisis pour les exprimer ne peuvent pas tout légitimer. En aucun cas, la détresse psychologique ne saurait justifier le recours à la violence, les dégradations de biens publics ou le saccage du matériel urbain comme nous l’avons vu encore ces derniers jours. Détruire ce qui appartient à la collectivité ne résout aucune crise et ne guérit aucune blessure. Au contraire, ces actes affaiblissent la cause qu'ils prétendent défendre, polarisent la société et coupent le dialogue indispensable au changement. La violence n'est pas une réponse au chaos du monde ; elle ne fait que l'alimenter. Et surtout, les blocages de lycées et d’établissements d’enseignement supérieur créent aussi le mécontentement d’une autre partie de la jeunesse qui aspire à pouvoir travailler et suivre les enseignements. La situation actuelle, si elle devait perdurer, ne créerait pas qu’un clivage intergénérationnel mais aussi un clivage entre les jeunes eux-mêmes car tous ne manifestent pas. Et ceux-là aussi méritent d’être respectés et entendus. Il faut également le comprendre sinon les revendications des uns deviennent tyrannie pour les autres.
Pour sortir de cette impasse, des réponses concrètes doivent être déployées afin de transformer cette anxiété en force constructive. De toute évidence, le projet du futur président de la République devra aussi répondre à ces aspirations multiples et protéiformes de la jeunesse. Pour cela, il faudra proposer un projet qui intègrera cette jeunesse sous toutes ses formes, notamment lui permettre d’être suffisamment instruite et formée pour qu’elle puisse s’insérer professionnellement.
En somme, il faut savoir entendre la jeunesse de France tout en lui rappelant que le monde de demain se construira par le débat, l'engagement et la solidarité, jamais par la destruction.
Bien fidèlement,
Patrick HETZEL,
Député du Bas-Rhin,
Ancien Ministre.
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Publié le 13/10/2026 dans Education nationale , Enseignement Sup & Recherche