Une société humaine ne progresse pas lorsqu’elle donne la mort plus facilement !

Publié le 05/06/2026 dans les catégories Santé Vie sociale Médias

Ne faisons pas de la mort un soin : l’ultime combat contre la légalisation de l’euthanasie
Valeurs Actuelles : Tribune de Patrick Hetzel publiée le 4 juin 2026

Le débat en cours au Parlement ne concerne pas seulement la fin de vie. Il concerne le modèle de société que nous voulons transmettre, selon le député Les Républicains du Bas-Rhin.

Dans les prochaines semaines, l’Assemblée nationale examinera à nouveau la proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Cette troisième lecture ne peut pas être considérée comme une simple étape parlementaire supplémentaire. Elle engage bien davantage qu’une réforme sociétale parmi d’autres : elle engage notre conception même de l’humanité, du soin, de la solidarité et de la dignité.

Car derrière les formulations techniques et les précautions de langage, une réalité demeure : pour la première fois dans notre droit, la société accepterait que l’on puisse donner délibérément la mort à un malade comme réponse à sa souffrance. C’est une rupture anthropologique majeure.

Depuis des siècles, notre civilisation repose sur un principe simple : lorsqu’une personne souffre, notre devoir collectif est de la protéger, de la soigner, de l’accompagner mais jamais de provoquer sa mort. La médecine a toujours été fondée sur une limite fondamentale : guérir parfois, soulager souvent, accompagner toujours, tuer jamais. Le texte actuellement débattu inverse cette logique. Il introduit l’idée qu’il pourrait exister des vies pour lesquelles la mort administrée deviendrait une solution acceptable.

La logique de l’exception finit toujours par se banaliser

Ce basculement n’est pas anodin. Il modifie en profondeur le regard porté sur la vulnérabilité, la dépendance, le handicap, la vieillesse et la fin de vie. Les promoteurs de cette loi parlent de liberté. Mais quelle liberté réelle existe-t-il lorsque des personnes âgées se sentent déjà être un poids pour leurs proches ? Lorsque des malades redoutent davantage l’abandon, la solitude ou la douleur que la mort elle-même comme nous le disent si bien les membres du mouvement des « éligibles » ? Lorsque les soins palliatifs demeurent encore insuffisamment accessibles sur une grande partie du territoire ? Avant de proposer la mort, avons-nous réellement garanti à tous le droit d’être soulagés, accompagnés, entourés et aimés jusqu’au bout ? La réponse est clairement non.

Des milliers de Français n’ont toujours pas accès à des soins palliatifs de qualité. Des départements entiers manquent d’unités spécialisées. Des familles vivent des situations d’extrême détresse faute d’accompagnement humain, médical et psychologique suffisant. Dans un tel contexte, légaliser l’euthanasie reviendrait non pas à consacrer une nouvelle liberté, mais à entériner un immense échec collectif et créer une demande de mort par défaut d’accès aux soins et palliatifs.

L’expérience des pays étrangers devrait également nous alerter. Partout où l’euthanasie a été légalisée, les critères initiaux ont progressivement été élargis. Ce qui était présenté comme exceptionnel devient peu à peu une pratique intégrée au système de santé. La logique de l’exception finit toujours par se banaliser.

Aujourd’hui, certains pays autorisent déjà l’euthanasie pour des souffrances psychiques, des dépressions sévères, des personnes très âgées sans pathologie terminale ou encore des mineurs. Chaque étape avait pourtant été présentée au départ comme une limite infranchissable. Ce phénomène n’est pas un fantasme : il est documenté, observable et profondément inquiétant. Les défenseurs du texte assurent qu’il existera des garde-fous. Mais aucun garde-fou juridique ne peut effacer la transformation culturelle induite par une telle loi.

Bâtir enfin une grande politique nationale des soins palliatifs

Dès lors que la société reconnaît qu’il est légitime de provoquer la mort dans certaines situations, la frontière morale se déplace inexorablement. Ce débat ne concerne donc pas seulement la fin de vie. Il concerne le modèle de société que nous voulons transmettre. Voulons-nous d’une société où la vulnérabilité appelle davantage de solidarité ou d’une société où la mort administrée devient une réponse possible à la souffrance et à la dépendance ? Voulons-nous renforcer la fraternité humaine ou institutionnaliser une forme de renoncement collectif ? Entre la première et la deuxième lecture, les lignes ont bougé. De plus en plus de députés mesurent désormais les conséquences profondes de ce texte. Beaucoup comprennent qu’il ne s’agit pas seulement d’un débat technique ou compassionnel mais bien d’un choix de civilisation. Cette troisième lecture doit être celle de la lucidité.

Les parlementaires doivent entendre les inquiétudes du monde médical, des spécialistes des soins palliatifs, des associations de personnes handicapées, des familles et de tous ceux qui refusent que la mort puisse devenir une prestation légale organisée par la société. Le combat doit donc se poursuivre avec détermination et sans caricature mais avec une immense clarté morale. Refuser l’euthanasie, ce n’est pas refuser la compassion. C’est au contraire affirmer que la dignité humaine ne disparaît jamais avec la maladie, la faiblesse ou la dépendance. C’est rappeler que la grandeur d’une civilisation se mesure à la manière dont elle accompagne les plus fragiles et non à sa capacité à organiser leur disparition.

La véritable urgence n’est pas de légaliser la mort administrée. Elle est de bâtir enfin une grande politique nationale des soins palliatifs, de lutter contre l’isolement des personnes vulnérables, de soutenir les aidants et de redonner du sens à l’accompagnement de la fin de vie. Une société humaine ne progresse pas lorsqu’elle donne la mort plus facilement. Elle progresse lorsqu’elle aime, soigne et protège jusqu’au dernier instant.