Quelle stratégie de l'État face à la dépendance française aux matériaux critiques et stratégiques ?
Publié le 26/03/2026 dans les catégories Environnement Economie Europe
Patrick Hetzel, orateur pour le groupe Droite Républicaine, est intervenu dans le cadre du débat "Quelle stratégie de l'État face à la dépendance française aux matériaux critiques et stratégiques ?"
"Nous débattons aujourd'hui d'un sujet qui conditionne silencieusement toute notre politique industrielle, énergétique et même stratégique, celui des matériaux critiques et des terres rares. Il ne peut y avoir ni réindustrialisation, ni transition énergétique, ni souveraineté sans accès sécurisé à ses ressources. Or, aujourd'hui, la France avance à découvert. Terres rares, lithium, cobalt, graphite, ces matières premières sont au cœur des batteries, des véhicules électriques, des éoliennes, des réseaux numériques. Elles sont le socle matériel du 21e siècle et pourtant, elles demeurent largement absentes de notre débat public, sauf, il faut bien le dire, aujourd'hui. Le paradoxe est frappant, jamais notre dépendance n'a été aussi documentée, jamais les discours sur la souveraineté n'ont été aussi nombreux. Et pourtant, l'action reste hésitante. La réalité géopolitique mondiale est pourtant brutale. Aujourd'hui, la Chine contrôle l'essentiel des capacités mondiales de raffinage des terres rares ainsi que la production des aimants permanents, indispensables pour nos industries. Dans ces conditions, parler d'autonomie stratégique sans stratégie minérale robuste relève de l'illusion.[...]
Une voiture électrique consomme plusieurs fois plus de métaux critiques qu'un véhicule thermique. Les énergies renouvelables sont intensives en matériaux, le numérique l'est tout autant. La vérité est donc assez simple, la neutralité carbone sera minérale ou ne sera pas. Face à cela, l'Union européenne a commencé à réagir, notamment avec le règlement sur les matières premières critiques.[...]"
Ecouter l'intégralité de son intervention :
"Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, Mes chers collègues,
Nous débattons aujourd’hui d’un sujet qui conditionne silencieusement toute notre politique industrielle, énergétique et même stratégique : celui des matériaux critiques et des terres rares. Car disons-le clairement : il ne peut y avoir ni réindustrialisation, ni transition énergétique, ni souveraineté sans accès sécurisé à ces ressources. Or, aujourd’hui, la France avance à découvert.
Terres rares, lithium, cobalt, graphite : ces matières premières sont au cœur des batteries, des véhicules électriques, des éoliennes, des réseaux numériques. Elles sont le socle matériel du XXIᵉ siècle. Et pourtant, elles demeurent largement absentes de notre débat public sauf aujourd’hui. Le paradoxe est frappant : jamais notre dépendance n’a été aussi documentée, jamais les discours sur la souveraineté n’ont été aussi nombreux et pourtant, l’action reste hésitante. La réalité géopolitique mondiale est pourtant brutale.
Aujourd’hui, la Chine contrôle l’essentiel des capacités mondiales de raffinage des terres rares, ainsi que la production des aimants permanents indispensables à nos industries. Dans ces conditions, parler d’autonomie stratégique sans stratégie minérale robuste relève de l’illusion. Et la transition écologique, loin de réduire cette dépendance, l’accentue.
Une voiture électrique consomme plusieurs fois plus de métaux critiques qu’un véhicule thermique. Les énergies renouvelables sont intensives en matériaux. Le numérique l’est tout autant. La vérité est simple : la neutralité carbone sera minérale ou ne sera pas !
Face à cela, l’Union européenne a commencé à réagir, notamment avec le règlement sur les matières premières critiques. C’est un pas dans la bonne direction. Mais ce ne sera jamais suffisant sans une volonté politique claire des États membres. Car les objectifs européens : relocaliser l’extraction, la transformation et le recyclage se heurteront à nos propres hésitations nationales si nous refusons d’assumer les choix nécessaires. Et c’est précisément là que se situe la question centrale pour la France. Mes chers collègues, l’alerte n’est pas nouvelle.
En effet, dès 2016, dans un rapport de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, que j’avais co-rédigé avec la sénatrice Delphine Bataille, nous appelions à bâtir une véritable stratégie sur les terres rares. Près de dix ans plus tard, le diagnostic est partagé mais les décisions structurantes restent largement insuffisantes. Alors soyons lucides.
Le recyclage est indispensable, mais il ne suffira pas à court terme. La diversification de nos importations est nécessaire, mais elle ne garantit pas notre sécurité dans un monde de plus en plus fragmenté. Et la relance minière sur notre territoire est stratégiquement pertinente mais elle suppose d’assumer un débat politique exigeant. Nous ne pourrons pas éviter ces arbitrages.
Car à force d’hésiter, nous prenons un risque majeur : celui de subir au lieu de choisir. Or le temps industriel, lui, n’attend pas. Les investissements dans les batteries, dans l’automobile électrique, dans les énergies renouvelables engagent déjà notre pays pour des décennies. Sans sécurisation des ressources en amont, c’est toute notre chaîne de valeur qui demeure vulnérable. Dès lors, quelle doit être la stratégie de l’État français ? Elle doit être claire, cohérente et assumée.
D’abord, construire une véritable diplomatie des ressources, pour sécuriser nos approvisionnements dans la durée. Ensuite, investir massivement dans les filières de recyclage, en levant les freins technologiques et économiques. Mais aussi, soutenir l’innovation pour réduire notre dépendance matérielle, par la sobriété et les technologies de substitution. Et enfin poser la question de l’extraction sur notre sol, lorsque les conditions environnementales et sociales sont réunies.
Refuser ce débat, ce serait accepter la dépendance. La souveraineté industrielle n’est pas un slogan. C’est une politique de puissance, qui implique des choix, des coûts et parfois du courage. Faute de réveil stratégique, la France ne manquera pas d’électricité verte.
Elle manquera des métaux pour la produire. Et ce jour-là, il sera trop tard pour découvrir que la souveraineté commence dans le sous-sol."
Patrick HETZEL
Député du Bas-Rhin
Ancien Ministre