Iran : cinq parlementaires français appellent "à un soutien clair envers ce peuple dont le courage force le respect"
Publié le 03/02/2026 dans les catégories Médias Affaires internationales
Alors que l’Iran s’embrase depuis le 28 décembre 2025, nous, parlementaires français, refusons le silence face aux appels du peuple iranien et à la répression sanglante infligée à une jeunesse courageuse qui se soulève pour la liberté. De Téhéran à plus de 200 villes à travers le pays, ce mouvement a pris l’ampleur d’un véritable soulèvement national. Ce qui avait débuté comme des revendications économiques s’est mué, avec une rapidité inouïe, en rassemblements et manifestations de rue à caractère ouvertement politique.
De nombreux slogans largement scandés rejettent toute forme de dictature, y compris monarchique : « À bas le tyran, qu’il soit Chah ou Guide. » Mais nous ne sommes pas dupes. Si le peuple iranien réclame légitimement la liberté, il se bat surtout pour sa souveraineté et pour l’avènement d’une République démocratique et laïque. Il s’est uni autour d’une revendication claire et partagée sur l’ensemble du territoire : le renversement de la dictature religieuse, scandant d’une seule voix : « À bas la dictature, à bas Khamenei », le Guide suprême du régime.
La remise des dépouilles conditionnées au versement de sommes exorbitantes
Les informations qui nous parviennent sur l’ampleur et la brutalité de la répression sont d’une violence sidérante. Les forces de sécurité, les Gardiens de la révolution et la milice Bassidj n’hésitent pas à recourir à une violence extrême, allant jusqu’au massacre de dizaine de milliers de personnes. Le Guide suprême a lui-même reconnu l’existence de milliers de morts, tout en en imputant la responsabilité à des forces étrangères.
Pour rajouter à l’ignominie, ils conditionnent la remise des dépouilles au versement de sommes exorbitantes par les familles des victimes. Des témoignages font état de montant allant jusqu’à 700 millions de tomans (soit environ 4 300 euros, pour un salaire minimum mensuel en Iran autour de 85 euros). D’autres témoignages font état de pressions sur les familles pour écrire de fausses déclarations sur la responsabilité du décès imputé aux manifestants plutôt qu’aux forces de sécurité.
Les autorités reconnaissent eux-mêmes l’arrestation de plusieurs milliers de manifestants, qu’elles qualifient d’appartenir à des « groupuscules terroristes » pour les disqualifier dans l’opinion publique nationale et internationale et afin de justifier leur exécution. Le chef du pouvoir judiciaire du régime a, pour sa part, qualifié les manifestants de « mohareb », une accusation lourde de conséquences signifiant « être en guerre contre Dieu », passible de la peine de mort. Des dizaines de milliers de personnes sont aujourd’hui en danger.
Malgré la répression, le peuple iranien continue de résister
L’heure est aujourd’hui au recueillement, à l’hommage rendu aux jeunes femmes et aux jeunes hommes massacrés dans les villes iraniennes, à l’expression d’une colère légitime et à l’affirmation sans réserve de notre solidarité et de notre soutien au peuple iranien. Malgré la répression d’une ampleur inouïe, le peuple iranien continue de résister. Chaque jour, malgré un accès à Internet sévèrement restreint, nous parviennent des informations faisant état d’escarmouches entre de jeunes insurgés et les forces de sécurité, y compris au cœur de Téhéran.
Nous, parlementaires français, appelons à un soutien clair envers ce peuple dont le courage force le respect. La répression brutale exercée contre des citoyens manifestant constitue une violation flagrante des engagements internationaux de la République islamique d’Iran en matière de droits humains et exige une réponse ferme, à la hauteur des institutions européennes et internationales.
Par conséquent nous appelons à :
- Placer le corps des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne [ce qui a été acté la semaine dernière, ndlr] ;
- La reconnaissance du droit des Iraniens à résister devant la brutalité de la répression par tous les moyens ;
- Subordonner les relations diplomatiques avec l’Iran, à l’arrêt des exécutions, le rétablissement de l’internet dans le pays et la visite d’une délégation internationale dans les prisons iraniennes.
Signataires :
Christine Arrighi, députée de la Haute-Garonne, parti écologiste, présidente du Comité parlementaire pour un Iran démocratique (CPID).
Philippe Gosselin, député de la Manche, Les Républicains, vice-président du CPID.
Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin, Les Républicains, ancien ministre.
Vincent Louault, sénateur de l’Indre-et-Loire, Indépendant, vice-président du CPID.
Hervé Saulignac, député de l’Ardèche, parti socialiste, vice-président du CPID.