La crise iranienne a une solution – quelle responsabilité pour l’Europe ?
Publié le 11/06/2026 dans les catégories Affaires internationales
« Trouver de véritables solutions à la crise iranienne »
Le régime iranien ne tient pas seulement son propre peuple et la liberté dans le pays en otage ; avec le blocage du détroit d’Ormuz, il prend aussi en otage une partie de l’économie mondiale et de la sécurité européenne. Mais le problème dépasse largement la question de ce détroit. Le véritable problème est celui d’un régime dont la survie repose sur la répression intérieure, le terrorisme, la prise d’otages et la déstabilisation régionale.
Téhéran commet ici une erreur de calcul stratégique. Ses dirigeants pensent que, parce qu’ils ont survécu à la guerre, ils en sont sortis renforcés et peuvent utiliser la crise actuelle, la menace de fermeture du détroit d’Ormuz et le climat de guerre pour imposer leurs conditions à l’Occident et aux États de la région. Mais une force véritable se distingue d‘une posture de puissance. Un régime qui a plongé sa société dans la pauvreté, la crise économique et l’oppression ne peut pas devenir une puissance régionale stable.
L’Europe a parfaitement le droit de s’inquiéter de la liberté de navigation à Ormuz. Ursula von der Leyen a elle aussi souligné que tout accord devait contribuer à la désescalade et garantir la libre navigation. Mais le fait demeure : tant que ce régime existera, la menace nucléaire, l’instabilité régionale et le terrorisme persisteront.
Le problème fondamental de la politique occidentale, au cours des quatre dernières décennies, a été sa fixation sur deux fausses options : la complaisance avec l’espoir d’un « changement de comportement du régime » — ou la guerre. Ces deux approches ont manqué leurs objectifs. Plus de vingt ans de négociations et de concessions n’ont ni rendu le régime plus modéré ni stabilisé la région. Les expériences de l’Irak et de la Libye ont montré que les interventions militaires ne conduisent pas automatiquement à la liberté et à une stabilité durable.
L’opposition iranienne propose donc une troisième voie : le changement par le peuple iranien et sa résistance organisée.
La récente vague d’exécutions politiques montre précisément à quel point le régime redoute cette perspective. Au cours des 45 derniers jours, au moins 39 prisonniers politiques ont été exécutés — principalement des jeunes et des partisans de la résistance organisée. Ces exécutions ne sont pas un signe de force, mais l’expression de la peur face à une société explosive.
Aucune des crises qui ont conduit aux soulèvements nationaux de 2018, 2019, 2022 et 2026 n’a été résolue : l’inflation, l’effondrement de la monnaie, la corruption, la crise de l’eau et de l’énergie, le chômage, l’oppression des femmes et l’absence de libertés fondamentales se sont encore aggravés. Lors du soulèvement national de janvier, le monde a pu constater la volonté claire d’un changement de régime, en particulier au sein de la jeune génération.
En réalité, le régime est aujourd’hui profondément affaibli. La crise de succession au sommet de l’État, l’usure des organes de répression, les luttes internes de pouvoir, la pression économique et les revers militaires ont rendu le système plus fragile que jamais. Même un éventuel accord avec les États-Unis ne résoudrait ni la crise de légitimité ni le mécontentement social. Ce qui est décisif pour la survie du régime, ce n’est pas la politique étrangère, mais sa capacité à surmonter ses crises internes. La réponse est claire : il se démontre incapable.
Le facteur le plus important demeure toutefois l’existence d’une force organisée au cœur de cette société explosive. Un regard sur les victimes de la récente vague d’exécutions parle de lui-même : il s’agit principalement de membres des Moudjahidine du peuple d‘Iran (OMPI/MEK), ou de militants des unités de résistance qui leur sont liées, ainsi que de jeunes arrêtés lors du soulèvement de janvier 2026. Le régime ne craint pas seulement le mécontentement social, mais un réseau organisé qui a coordonné et dirigé les protestations.
Cette force n’est pas un corps étranger ; elle fait partie de cette même société qui souffre de la pauvreté et de l’oppression. C’est pourquoi la résistance se régénère sans cesse — et c’est pourquoi le régime ne peut pas l’éliminer, malgré les exécutions.
L’Europe doit reconnaître cette réalité. La politique d’apaisement n’a ni amélioré la situation des droits humains, ni renforcé la sécurité de l’Europe. Au contraire : le régime iranien recourt désormais, même sur le sol européen, à des réseaux de terreur et d’intimidation.
Il est temps d’adopter une nouvelle politique
L’Europe n’est nullement impuissante face à Téhéran. Quelques mesures diplomatiques pourraient déjà avoir un impact considérable : l’Union européenne devrait reconnaître le droit du peuple iranien à résister à la dictature, faire de l’arrêt des exécutions politiques une condition centrale de toute relation avec Téhéran et sanctionner de manière ciblée les responsables de la répression.
Dans le même temps, l’Europe doit prendre au sérieux l’existence d’une alternative démocratique. Le plan en dix points de Maryam Radjavi, présidente du Conseil national de la Résistance iranienne — avec des élections libres, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’abolition de la peine de mort et un Iran non nucléaire — montre qu’il existe une perspective démocratique pour l’avenir du pays.
La société iranienne se débat sous le poids des exécutions quotidiennes. « 100 000 voix contre la peine de mort » est le mot d’ordre du grand rassemblement international du 20 juin dans la capitale française, qui veut appeler le monde libre à agir contre les exécutions en Iran. Au coeur de Paris, ce sera la voix de la liberation d’un peuple martyrisé qui se fera entendre — avec un message clair : l’Iran a une alternative.
La liberté en Iran et la paix dans la région passent par le même chemin : soutenir le droit du peuple iranien à une république démocratique et laïque et mettre fin à un régime qui est la principale source d’instabilité, de terrorisme et de répression dans la région.
*Carsten Müller, député au Bundestag, président en exercice de la commission des affaires juridiques / **Patrick Hetzel, ancien ministre, député à l’Assemblée nationale et membre du Comité Parlementaire pour un Iran démocratique (CPID)